Plus de 40 ans après sa création, VAD, le Vlaams expertisecentrum Alcohol en andere Drugs (Centre d’expertise flamand Alcool et autres Drogues), est un acteur reconnu et fiable du paysage flamand de la prévention. La manière dont VAD est devenu ce qu’il est aujourd’hui est étroitement liée à l’évolution de l’ensemble du paysage de la prévention : retour en arrière et état des lieux.
VAD est aujourd’hui le partenaire officiel du gouvernement flamand pour la prévention en matière d’alcool, de drogues illégales, de médicaments psychoactifs, de jeux d’argent et d’usage des écrans (auparavant le jeu vidéo). VAD est également la maison mère de la Druglijn, le service public de VAD. VAD chapeaute en outre une bonne quatre-vingtaine d’organisations flamandes spécialisées dans la prévention, l’intervention précoce, la réduction des risques, l’aide et la recherche1. Une cinquantaine de collaborateurs y travaillent. Il en fut autrement autrefois.
Du travail au coup par coup à une prévention structurelle
Au début des années 1980, la prévention organisée en matière d’alcool et de drogues n’existait pratiquement pas. Des médecins et des intervenant·es du secteur des assuétudes, ainsi que des membres des Alcooliques Anonymes ou de mouvements de sobriété intervenaient dans de nombreuses organisations pour éteindre des feux ponctuels et expliquer la problématique des assuétudes.
La dépendance était alors envisagée soit sous un angle moral, soit sous un angle médical. Les personnes dépendantes et les personnes non dépendantes étaient opposées de façon radicale. On ne voyait pas la nécessité d’une approche sociétale large : pour celles et ceux qui n’étaient pas dépendant·es, on jugeait cela superflu. Quant à celles et ceux qui étaient aux prises avec une dépendance et cherchaient de l’aide, un parcours difficile les attendait.
Une catastrophe maritime comme tournant
Le besoin d’un réseau de prévention plus organisé se fait ensuite sentir de manière de plus en plus nette, en partie à la suite de catastrophes retentissantes telles que le naufrage du Herald of Free Enterprise au large de Zeebruges en 1987. Provoqué par des facteurs techniques et des erreurs humaines, celui-ci a provoqué 193 morts. Le fait que les membres d’équipage étaient autorisés à consommer de l’alcool pendant leur travail soulève des questions pressantes. Ce n’est en outre pas le premier accident majeur dans lequel la consommation d’alcool avait peut-être joué un rôle.
À cette époque, VAD compte deux collaborateurs, et le premier groupe de travail VAD sur la prévention de l’alcool au travail voit le jour. Pour organiser la prévention de façon structurelle, le ministre flamand de la Santé, du Bien-être et de la Famille, Jan Lenssens, rédige en 1987 une note qui pose les bases pour que cela se fasse à partir des centres de santé mentale (CGG). En 1988, 10 CGG engagent un travailleur de prévention, et VAD reçoit pour mission de coordonner l’ensemble : VAD réunit les travailleur·euses de prévention au sein de l’équipe de prévention, assure la coordination, contribue à mettre en place les cadres de contenu et veille à ce que les initiatives de prévention retenues soient validées tant par la pratique que par les données scientifiques.
Les drogues illégales font aussi de la prévention un enjeu de sécurité
Au début des années 1990, les drogues illégales deviennent plus visibles dans l’espace public et engendrent des nuisances. Des questions émanent de divers secteurs, et les travailleur·euses de prévention passent d’une logique d’offre à une logique de demande. Pour pouvoir répondre à toutes ces demandes avec une équipe restreinte, ils et elles optent pour une nouvelle approche : plutôt que de se rendre partout, ils et elles soutiennent systématiquement des intermédiaires – des enseignant·es, par exemple – afin que ceux-ci fassent de la prévention dans leur propre cadre.
Sur le plan politique, les drogues illégales s’imposent soudainement en tête de l’agenda. Alors que l’alcool est considéré comme un enjeu de santé, les drogues illégales sont surtout abordées comme un enjeu de sécurité. Au milieu des années 1990, cela conduit au déploiement de travailleur·euses de prévention « sécurité », aux côtés des collègues qui œuvrent dans une perspective de santé. Cette double approche donne lieu à des initiatives et des visions très divergentes, et réunit de nouveaux secteurs autour de la table. La concertation intersectorielle permet de répondre à tous ces besoins et d’aligner les points de vue.
Les jeux d’argent et le jeu vidéo à l’agenda
De la fin des années 1990 à 2019 apparaissent les nouvelles substances psychoactives (NSP) — des drogues de synthèse qui imitent le plus souvent les effets des drogues « classiques ». Cette gamme complexe et en évolution rapide de substances inconnues complique la prévention axée sur les produits. Dans le même temps, la conscience des dépendances comportementales grandit, si bien que le jeu d’argent problématique et l’univers du jeu vidéo, en évolution rapide, s’invitent eux aussi à l’agenda de VAD et du travail de prévention.
Le paysage flamand de la prévention aujourd’hui
Ces dernières années, c’est surtout la question « ce que nous faisons est-il réellement efficace ? » qui occupe le devant de la scène. L’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA) veut elle aussi s’assurer de l’efficacité de la prévention, et a pour cela développé des normes européennes de qualité ainsi que la formation européenne à la prévention (EUPC), transmise aux partenaires de prévention des pays de l’UE via un système de formation de formateur·ices. Par ailleurs, la poursuite de la numérisation de la prévention reste également un point d’attention.
Le cadre de la politique de santé préventive en Flandre est le « décret relatif à la politique de santé préventive » de 2003. Le gouvernement flamand travaille à cet effet avec des objectifs de prévention spécifiques, mesurables et communément admis, actuellement regroupés sous l’appellation « Gezonde Generatie 2026-2035 » (Génération en bonne santé 2026-2035).
Plusieurs organisations contribuent à la mise en œuvre de ce plan d’action : VAD en tant qu’organisation partenaire, le service de prévention TAD des CGG avec son travail de terrain, les Gezondheidsmakers et Gezond in Brussel (acteurs de la promotion de la santé et de la prévention en Région bruxelloise, NDLR), ainsi que les travailleur·euses de prévention aux niveaux local et intercommunal.
En 2026, VAD est à la veille de son nouveau contrat de gestion quinquennal avec le gouvernement flamand. VAD participe en outre à des projets fédéraux et est active dans le contexte européen : elle fournit des données régionales à l’EUDA et est partenaire de divers réseaux et projets européens. La vision est restée la même au fil des années : VAD travaille dans une perspective de santé et de bien-être, et souhaite que la thématique de l’alcool et des drogues puisse être sujette à discussions, développer des réseaux (inter)sectoriels et soutenir une approche de qualité.
Les acteurs de terrain
Le service de prévention TAD des CGG (Tabac, Alcool et Drogues)
Le service de prévention TAD des centres de santé mentale (CGG) assure le travail de terrain relatif à la prévention de la consommation de substances, des jeux d’argent et de l’usage des écrans. La Flandre compte 12 CGG2 dotés d’un tel service de prévention, chacun couvrant sa propre région, l’ensemble couvrant ainsi tout le territoire flamand.
Ce réseau de prévention des CGG informe et forme des intermédiaires issus de divers secteurs -enseignement, santé, bien-être, loisirs et culture, travail et pouvoirs locaux – par exemple sur les produits, la reconnaissance et la discussion des signaux d’alerte, ou l’orientation vers l’aide.
Les travailleur·euses de prévention des CGG accompagnent en outre des organisations dans l’élaboration d’une politique en matière d’alcool et de drogues. Le réseau de prévention propose également de l’intervision autour de situations concrètes et donne des conseils sur des cas, des questions et l’organisation d’activités de prévention. C’est ainsi que, par l’intermédiaire de ces relais, la prévention atteint la population générale et tous les groupes d’âge.
Gezondheidsmakers
Jusqu’à fin 2024, il existait en Flandre et à Bruxelles 13 Logo’s (concertations locales de santé, Lokaal GezondheidsOverleg). Depuis 2025, elles unissent leurs forces au sein d’une seule organisation : Gezondheidsmakers. À Bruxelles, l’action reste ancrée au sein de la Commission communautaire flamande, sous le nom de Gezond in Brussel. Elles ne travaillent pas uniquement sur la consommation de substances, mais sur l’ensemble des objectifs de santé flamands.
Avec 13 antennes régionales, elles couvrent le territoire flamand. Elles soutiennent et accompagnent les écoles, les pouvoirs locaux, les associations et les structures d’accueil dans la mise en place d’une politique de santé préventive selon le principe Health in All Policies. Elles répondent également à des besoins locaux et régionaux, par exemple avec des méthodes de prévention sur mesure.
Travailleur·euses de prévention intercommunaux·ales
Les travailleur·euses de prévention intercommunaux·ales exercent dans deux communes ou plus au sein d’une zone de première ligne. Ils et elles peuvent être employé·es par la commune elle-même ou par une organisation à laquelle cette mission est confiée : ce sont les communes membres du partenariat qui en décident.
Les communes subventionnent cette action à hauteur d’au moins le même montant que le gouvernement flamand, et choisissent quelles thématiques de prévention – dont l’alcool et les autres drogues, les jeux d’argent et l’usage des écrans – sont prioritaires. On compte aujourd’hui en Flandre environ 45 structures de prévention intercommunales actives.
Elles travaillent à la demande d’un pouvoir local, directement à destination de certains publics cibles ou contextes, et jouent un rôle moteur dans les initiatives et réseaux locaux. Leurs services sont généralement gratuits ou peu coûteux. Ils bénéficient du soutien des Gezondheidsmakers et, selon la thématique, également d’autres organisations comme le service de prévention des CGG.
Travailleur·euses de prévention locaux·ales
Il existe par ailleurs des travailleur·euses de prévention locaux·ales. Leur action est née des contrats de sécurité conclus au début des années 1990 entre l’État fédéral, les régions et les communes, dans le but de prévenir la criminalité au niveau communal. Dans l’attente d’une réforme de la politique de subvention en matière de prévention, les plans stratégiques de sécurité ont été prolongés à titre provisoire.
Certain·es travailleur·euses sont employé·es par la commune elle-même – au sein ou en dehors de la police -, d’autres sont détaché·es auprès d’ASBL menant une action de prévention, d’aide ou du travail de rue. Certaines communes financent sur fonds propres un·e travailleur·euse de prévention, dont la mission liée à l’alcool et aux autres drogues reste généralement limitée, en plus d’autres tâches communales. Quelques grandes villes flamandes financent également un fonctionnaire de prévention chargé de coordonner l’ensemble des initiatives relatives à l’alcool et aux autres drogues sur leur territoire.
La collaboration fait la différence
Bien que les rôles et les missions des différents acteurs de la prévention soient clairement définis sur papier, leur mise en pratique varie souvent d’une région à l’autre. En raison de moyens humains limités, les partenaires régionaux abordent la répartition des tâches de manière pragmatique : ils concluent entre eux des accords fonctionnels afin de mobiliser les ressources disponibles le plus efficacement possible.
Diverses plateformes de concertation réunissent les acteurs de la prévention et favorisent ainsi la collaboration régionale, la coordination et les échanges. VAD organise en outre, en tant qu’organisation partenaire, des moments de réseautage. L’académie VAD3 ainsi que la large offre d’e-learning4 continuent également de jouer un rôle important dans le renforcement des compétences de l’ensemble de ces acteurs de la prévention.