Edito : Les parents, leurs enfants et les drogues : une affaire collective

juillet 2025

Juin 2023. À la suite des émeutes consécutives à la mort de Nahel Merzouk, causée par le tir à bout portant d’un policier lors d’un contrôle routier à Nanterre (Île-de-France), le président français Emmanuel Macron appelait « tous les parents à la responsabilité ». « Ce n’est pas l’État qui éduque les enfants, mais les parents », affirmait aussi Éric Dupont-Moretti, alors ministre de la Justice1. Au sein de certains discours politiques et médiatiques, la parentalité semble être la pierre angulaire permettant d’expliquer les comportements des enfants et adolescent·es. En Belgique comme en France, la responsabilité parentale va de soi, la culpabilisation qui l’accompagne aussi. La figure du « bon parent » est ainsi devenue un impératif social, charriant avec elle normes et injonctions.

Les politiques publiques de soutien à la parentalité ne sont pas épargnées par les logiques individualisantes et sur-responsabilisantes. Oscillant constamment entre accompagnement (en particulier s’il s’agit de parents aisés) et contrôle (en particulier celui des parents précaires), elles peuvent provoquer des malaises chez les intervenant·es psychosociaux·ales, tout comme chez les parents qui craignent le jugement de ces mêmes intervenant·es.

En matière de consommation de substances psychoactives, la parentalité et le lien entre les parents et leurs ados sont certes l’une des explications de la probabilité que les enfants développent ou non des conduites addictives. S’arrêter à ce constat reviendrait non seulement à nier la complexité des facteurs influant sur une consommation à risques (par exemple les autres instances de socialisation des jeunes), mais aussi à négliger l’ensemble des ingrédients qui agissent sur le rôle parental.

Parmi ceux-ci, les normes sociales liées au contexte prohibitionniste, incorporées par les parents avant d’être transmises à leurs enfants. « Aux questions de consommation de drogues (illégales, NDLR), la société ne répond pas, elle dit juste qu’il est interdit de les consommer. Cela produit de la culpabilisation et des inquiétudes dans les discours des parents et de ce fait les empêche d’entendre et de répondre à la véritable préoccupation de l’enfant », explique dans ce numéro Antoine Boucher, de l’asbl Infor Drogues & Addictions, qui met en lumière l’importance d’interroger les représentations sur les substances, de déconstruire préjugés et stéréotypes, et d’ouvrir le dialogue sur les drogues, aujourd’hui tabou, entre les parents et leurs enfants.

Autre élément de taille : les inégalités sociales, qui façonnent et fragilisent le rôle parental. À cet égard, si l’on souhaite prévenir et agir sur les consommations problématiques dans le contexte familial (qu’il s’agisse de celles de parents ou d’adolescent·es), une promotion de la santé émancipatrice, s’adossant aux facteurs de protection des jeunes et des parents, renforçant leur pouvoir d’agir et visant leur bien-être, doit se déployer. Il convient aussi de lutter collectivement pour l’amélioration structurelle des conditions de vie des familles afin de donner aux parents les possibilités réelles d’accomplir leur mission éducative. Du reste, il s’agit de « parvenir à re-responsabiliser les politiques sur la question de la parentalité », comme le recommandait Madeleine Guyot, directrice générale de la Ligue des familles en 2024. Car « cette question de la parentalité, elle est à 360 degrés »2.

1. Mestre A., Violences urbaines : dans une circulaire, Éric Dupond-Moretti demande une réponse judiciaire ‘rapide, ferme et systématique’ et vise notamment les parents, Le Monde, 30 juin 2023.

2. Meunier P., Madeleine Guyot : ‘De même qu’il y a un plan de lutte contre la pauvreté, peut-être faudrait-il un plan de soutien à la parentalité’, Santé conjuguée n° 107, juin 2024.