La consommation qui se joue de la loi

> Entretien avec Michaël Hogge, Eurotox

Quelle est l’évolution des pratiques de consommation ? Quel est l’impact des facteurs économiques, politiques, sociaux et culturels ? Même si les chiffres (voir encadré) se limitent à décrire de façon relative certaines tendances sans les expliquer, ils nous invitent néanmoins à réfléchir sur les multiples déterminants susceptibles d’influencer les usages problématiques ou non. Michaël Hogge, chargé de projet à l’Observatoire socio-épidémiologique alcool-drogues (Eurotox) en Wallonie et à Bruxelles, nous brosse le portrait des grandes tendances actuelles.

La consommation d’alcool est au centre du débat politique actuel. En effet, la loi concernant son usage est perçue comme floue et mal appliquée. Cela a-t-il un impact sur les consommations1 ?

M.H. : Il est clair que la loi est peu connue et mal appliquée. Une adaptation de la loi ne va probablement pas modifier radicalement les pratiques de consommation des jeunes, car il existe de nombreux déterminants de la consommation ainsi que des facteurs pouvant la favoriser. Mais cela facilitera le travail de prévention visant les plus jeunes.

L’actualité de ce débat est-elle liée à une augmentation des usages problématiques ?

M.H. : On peut dire que le premier contact avec l’alcool est plutôt précoce, même si un léger recul semble s’être amorcé chez les plus jeunes (10-13 ans) entre 2000 et 2010, selon l’enquête HBSC². La précocité est un facteur de risque de développement d’un usage problématique, mais il est difficile d’estimer l’ampleur des consommations problématiques, pour des raisons méthodologiques. Qu’entend-on par usage problématique et quels sont les indicateurs qui le définissent ? On assimile parfois l’usage régulier, facilement mesurable, à l’usage problématique, mais c’est un raccourci qui ne se vérifie pas toujours. Bref… La consommation quotidienne a tendance à augmenter au cours du temps en Wallonie, alors qu’elle est beaucoup plus stable à Bruxelles, selon l’enquête HIS. Elle reste assez stable chez les jeunes (15-24 ans) et concerne surtout les adultes de 35 ans et plus.
On peut aussi se baser sur les critères établis par l’OMS, qui parle de surconsommation quand on dépasse 14 verres par semaine pour les femmes, et 21 pour les hommes. Dans ce cas, on a observé une augmentation entre 1997 et 2004 en Wallonie (et entre 1997 et 2001 à Bruxelles) mais depuis lors, la situation est relativement stable, voire en diminution.

Cela reste compliqué et approximatif d’étudier l’usage problématique sur base d’un questionnaire auto-administré. On a donc aussi recours à d’autres méthodes et sources d’information.
Cela dit, le terreau culturel favorise certainement la consommation d’alcool et le développement des usages nocifs.

Les publicités par exemple ?

Tout à fait ! Dès le plus jeune âge, on est soumis à travers la publicité aux associations alcool-plaisir, alcool-festif, et parfois même alcool-performance. C’est un produit qui est socialement valorisé et donc, forcément, ça entraine un effet d’incitation et de banalisation de l’usage et de ses débordements.

On a beaucoup parlé du « binge drinking »³, était-ce un coup médiatique ou bien est-ce qu’il y a effectivement des raisons de s’en inquiéter?

M.H : Il ne faut pas se leurrer, c’est une pratique qui a toujours existé même si elle a tendance à s’accentuer ces dernières années en Belgique, selon l’enquête HIS. Elle concerne plus les jeunes. Les adultes sont de beaucoup plus grands consommateurs quotidiens mais les jeunes, quand ils consomment, ont davantage tendance à boire pour atteindre l’ivresse.
Le binge drinking semble surtout avoir augmenté à Bruxelles, plus qu’en Wallonie, entre 2008 et 2013. Mais malheureusement, on manque de recul, car cet indicateur n’est étudié que depuis 2008 dans l’enquête HIS, et la manière dont il est défini va au-delà du concept même de binge drinking, puisqu’il est question de la consommation de 6 verres ou plus au cours d’une même occasion. Or, si on boit 6 verres sur une soirée, c’est juste de la surconsommation alors que les boire en « à-fond»  sur une ou deux heures de temps, c’est précisément ce que l’on entend par binge drinking.

1. Propos recueillis par Marta Chylinski et Véronique Decarpentrie.
2. Grandes différences HBSC : 12-20 ans = diminution de la consommation d’alcool hebdomadaire depuis 2000 ; moins d’ados de 10-13 ans expérimentent pour la première fois l’alcool, depuis 2000 (de 60 à 50%)) et sur le site Jeunes et Alcool : « âge de plus en plus précoce mais conso hebdomadaire diminue chez les jeunes. Par contre  les abus augmentent… » (commentaire : est-ce une bien une citation ?)
3. Le concept du « binge drinking » consiste à consommer très rapidement une grande quantité d’alcool en un minimum de temps pour engendrer une ivresse rapide. Il peut aussi être considéré comme un indicateur de l’usage problématique ou, tout au moins, de la consommation à risque.

Le problème des enquêtes dont on dispose, c’est donc aussi que les indicateurs sont parfois imprécis, voire peuvent fluctuer d’une enquête à l’autre, ce qui limite les comparaisons. Certains indicateurs peuvent aussi se développer en fonction des nouvelles pratiques qu’on voudrait surveiller. Par exemple, en 2013, afin justement de mieux surveiller le binge drinking, l’enquête HIS a interrogé aussi sur le temps pris habituellement pour consommer 6 verres d’alcool. Et là on voit qu’à Bruxelles, 8% des personnes qui consomment au moins une fois par semaine 6 verres au cours d’une même occasion, le font habituellement en 2 heures ou moins, contre 13% en Wallonie. Ce sont ceux-là les vrais binge drinkers.
On remarque aussi que le binge drinking (et plus généralement la surconsommation d’alcool) est fortement associé au milieu étudiant et au folklore qui s’y développe. Selon une enquête réalisée en 2015 par Modus Vivendi dans le milieu étudiant bruxellois, 28% des étudiants baptisés pratiquent le binge drinking  plusieurs fois par semaine contre 8% des non-baptisés. Et pour la surconsommation hebdomadaire, elle concerne 48% des baptisés contre 18% des non-baptisés.  La consommation excessive d’alcool, et en particulier le binge drinking, est aussi fortement associée à la pratique des « pré-soirées », qui sont assez fréquentes dans ce milieu, mais qui existent aussi chez les jeunes du secondaire.
Le binge drinking à répétition est pourtant une pratique nocive qui interfère avec le fonctionnement cognitif, et donc aussi avec la réussite académique, et l’ivresse qui en découle favorise certaines conduites à risque (conduite automobile, relations sexuelles non protégées ou non consenties, agressions et bagarres, etc.).

Y a-t-il un effet de genre propre aux consommations d’alcool ?

M.H : Les hommes sont généralement de plus grands consommateurs de substances psychoactives que les femmes, sauf en ce qui concerne les médicaments psychotropes.

Mais actuellement, on assiste sur certains aspects à une « féminisation des pratiques de consommation d’alcool ». Par exemple, à Bruxelles comme en Wallonie, il y actuellement, si l’on en croit l’enquête HIS, autant de femmes que d’hommes qui consomment quotidiennement une quantité excessive d’alcool (plus de 2 verres pour les femmes et de 4 verres pour les hommes). A Bruxelles, les femmes pratiquent autant que les hommes la surconsommation hebdomadaire, et les femmes de 15-24 ans y pratiquent autant que les hommes le binge drinking chaque semaine (mais les hommes boivent plus rapidement). L’enquête de Modus Vivendi4 montre aussi un pourcentage relativement important d’étudiantes concernées par la consommation excessive (26% par la surconsommation hebdomadaire, 9% par le binge drinking plusieurs fois par semaine, et 11% par l’ivresse plusieurs fois par semaine).

Quels sont les risques liés à un mauvais usage de l’alcool ?

M.H. : Il est clairement objectivé que l’alcool est une cause de mortalité et d’invalidité assez importante. Selon l’OMS le mésusage d’alcool serait un facteur étiologique dans plus de 200 maladies ou traumatismes. Le spectre d’impact est donc large. En Belgique, les cas de décès directement liés à l’alcool sont nettement plus élevés que ceux qu’on observe pour toutes les drogues illégales confondues (pour un ratio d’environ 8 pour 1). Le nombre de décès grimpe en flèche quand on inclut les cas de décès où l’alcool n’est pas la seule cause mais un facteur parmi d’autres. L’alcool est donc un produit potentiellement dangereux qui a un impact socio-sanitaire et économique très élevé, beaucoup plus élevé que celui des drogues illégales. Cela dit, chaque produit est potentiellement dangereux, cela dépend en grande partie de l’usage que l’on en fait, de la personne et du contexte.

4. Michael Hogge et Emilie Walewyns, Consommation d’alcool en milieu étudiant bruxellois : un projet de réduction des risques, Modus Vivendi, 2016. Brochure disponible sur www.modusvivendi-be.org.

En ce qui concerne le cannabis ?

M.H : Son impact est moindre que celui de l’alcool, mais il est plus difficile à estimer, notamment en raison de l’illégalité du produit. La plupart des consommateurs en font un usage occasionnel ou modéré ayant peu d’impact sur le plan sanitaire, hormis les risques pulmonaires et cardio-vasculaires liés au fait de fumer le produit. Mais parfois l’usage devient abusif, une dépendance s’installe, et la consommation interfère avec les activités de la vie quotidienne, les relations sociales…

On observe dans l’enquête HIS une augmentation progressive de la prévalence de consommation sur la vie (nombre de personnes qui ont déjà consommé au moins une fois le produit dans leur vie). C’est un phénomène générationnel que l’on observe en particulier chez les jeunes. On constate aussi une petite diminution de l’âge du premier contact avec le produit à Bruxelles.

Y a-t-il pour autant plus de consommateurs réguliers ?

M.H : Il faut distinguer un usage régulier chez l’adulte et chez le jeune. Le fait de consommer quotidiennement du cannabis à l’âge adulte, dans un cadre de détente le soir ou pour faciliter l’endormissement, n’aura pas le même impact qu’un usage régulier à l’adolescence, parce que l’adolescent est toujours en développement sur le plan psycho-affectif et neurobiologique, ce qui le rend plus vulnérable. L’enquête HBSC avait montré une augmentation de l’usage régulier chez les jeunes entre 1998 et 2004. La tendance s’est depuis inversée, ce qui est rassurant. C’est bien entendu l’usage nocif qu’il faut essayer de réduire à travers les politiques socio-sanitaires, et notamment prévenir l’usage régulier chez les jeunes.

 

C’est intéressant parce que c’est durant ces années-là qu’il y a eu cette relative tolérance en Belgique. Est-ce que la dépénalisation de toutes les drogues au Portugal a eu un effet semblable?

M.H. : Il faut rester prudent dans les comparaisons, d’autant que les lois et les contextes ne sont pas totalement comparables. En ce qui concerne le Portugal, les rapports d’évaluation mettent en évidence qu’il y a, depuis cette décriminalisation de l’usage, une diminution de la consommation de drogues en général, toutes populations confondues et tous produits confondus. Mais surtout, il y a une diminution des usages problématiques, de la morbidité et de la mortalité associées. Ce constat est encourageant et discrédite les prohibitionnistes, dont l’argument principal est de dire que si on tolère, si on dépénalise, on aura une recrudescence de consommateurs (et de consommateurs problématiques). Manifestement ce n’est pas le cas. Ce qui est encore plus intéressant est que cette diminution est particulièrement marquée chez les jeunes, y compris pour le cannabis. Mais il faut souligner que parallèlement au changement de loi, le Portugal a fortement renforcé l’offre de prévention, de détection et de prise en charge précoce des usagers problématiques. Ce qui est judicieux, car on ne peut pas attendre des miracles d’un seul changement de loi.
A contrario, on observe que le pays européen où les niveaux de consommation de cannabis sont les plus élevés et ont le plus augmenté ces dernières années est la France, alors que leur système est très répressif.  Actuellement,  40% de la population française a déjà consommé du cannabis dans la vie. On est bien en-deçà dans les autres pays, y compris les Pays-Bas (24%), où le produit est pourtant particulièrement accessible.

Généralement, on recourt à des enquêtes par questionnaire. Actuellement, les informations disponibles pour évaluer les habitudes de consommation sont limitées, car il n’existe pas d’enquête spécifique sur l’usage de drogues dans la partie francophone du pays. On dispose juste de deux enquêtes générales de santé, l’une dans la population générale, l’autre chez les jeunes, qui incluent quelques questions sur l’usage d’alcool et de drogues. Pour la population générale, il s’agit de l’enquête de santé nationale HIS, réalisée tous les quatre ans par l’Institut scientifique de Santé publique (WIV-ISP) et qui porte sur l’ensemble de la population belge. La sélection se fait par contact téléphonique avec des ménages à qui on propose la visite d’un enquêteur, qui remettra ensuite à chaque personne de 15 ans et plus, un questionnaire anonyme pour toutes les questions plus intimes (usage d’alcool, de drogues, sexualité, etc.).  L’objectif de cette enquête est de déterminer la consommation des produits les plus courants. Mais elle ne fournit pas d’informations sur les contextes de consommation, sur les modes de consommation, sur la fréquence d’usage (hormis pour le cannabis), et certains produits ne sont pas couverts. Une autre limite de cette enquête, c’est que les publics les plus à risques ne sont pas représentés, n’étant pas éligibles car incarcérés, hospitalisés, sans domicile fixe, etc. En outre, le taux de refus de participation est élevé. En 2013, il était de 30 à 40%. Cette enquête sous-estime donc très probablement la réalité.
Pour les jeunes, il s’agit de l’enquête HBSC, réalisée tous les quatre ans dans l’enseignement secondaire par le SIPES de l’ULB. Mais là aussi, le nombre d’informations que l’on peut en retirer est limité pour les drogues. Et puis, ces enquêtes ne sont réalisées que tous les 4 ans, et le délai entre la récolte de données à la publication des rapports est d’environ 2 ans. On est donc souvent contraint de ne pouvoir observer que le passé !

Nous savons que le cannabis actuel contient beaucoup plus de THC que dans le passé, avec les risques que cela comporte. Qu’en est-il de l’évolution de la qualité, la composition et l’offre des produits consommés dans un contexte de prohibition?

M.H. : Même si le phénomène n’est pas nouveau, on observe une augmentation de la disponibilité ainsi que de la variété de nouvelles substances psychoactives (100 nouveaux produits par année, contre quelques-uns il y a dix ans). C’est ce que met en évidence le système d’alerte précoce, qui permet d’identifier les produits en circulation, d’estimer leur dangerosité et d’éventuellement inciter à les interdire. Le nombre de sites de vente de legal highs et de research chemicals a aussi fortement augmenté ces dernières années. Et puis il y a le Darknet, vers lequel certains usagers se tournent désormais pour acheter des substances psychoactives, y compris les drogues illégales classiques. Malheureusement, nous ne disposons pas d’information précise sur la propension des Belges à acheter des drogues sur Internet, hormis les chiffres indicatifs de la Global Drug Survey. L’usage de ces nouvelles substances psychoactives est également très peu documenté en Belgique, mais d’après les quelques chiffres disponibles, les Belges se tournent peu vers ces nouveaux produits et privilégient encore les drogues classiques. Les appels au Centre Antipoisons restent aussi très marginaux, et les décès qu’on a pu associer à ce type de produits sont relativement peu courants.

Auparavant, cette consommation était plutôt celle des jeunes d’un niveau socio-culturel plus élevé, des psychonautes comme on les appelait…

M.H. : Les psychonautes existent toujours et je pense que ce sont les plus gros consommateurs de ces nouveaux produits. Mais il y a aussi des jeunes qui en consomment de manière récréative et occasionnelle et plutôt par opportunisme. C’est-à-dire qu’ils n’achètent pas le produit directement sur Internet, mais se le voient proposer par un proche ou un dealer qui, forcément, l’a acheté sur le web ou dans un smartshop.

Est-il plus facile de se procurer ces « legal highs » que d’autres produits ?

M.H. : Même si acheter des legal highs sur Internet est très facile, il faut se rappeler que les drogues illégales classiques sont aussi très accessibles dans notre pays. Au port d’Anvers, il y a des quantités importantes de cocaïne, d’héroïne qui arrivent régulièrement, et la production locale de cannabis, d’amphétamines et de MDMA est très importante aussi. La Belgique est un pays où le rapport qualité-prix est relativement satisfaisant pour les drogues illégales classiques, et cela explique le fait que les usagers ont moins tendance à se tourner vers ces « legal highs », même s’ils sont faciles d’accès via Internet. Dans d’autres pays où l’offre et la disponibilité sont moins satisfaisantes, les usagers se tournent davantage vers l’achat en ligne et les legal highs.

Cela reste t-il donc un phénomène marginal en Belgique ?

M.H. : Oui, mais il est en expansion, d’après les quelques indications dont on dispose. Il faut donc développer une prévention et des outils de réduction des risques spécifiques sur ces produits, parce qu’on n’est pas à l’abri d’une vague d’intoxications liées à un produit particulier acheté et consommé par un groupe de jeunes. Les dosages sont souvent difficiles à maîtriser, et puis les produits sont fabriqués sans normes et contrôle de qualité. Par exemple, le « spice » (mélange de cannabinoïdes de synthèse et de végétaux secs broyés) est fait dans des bétonnières ou avec des mélangeurs à plâtre, ce qui explique pourquoi les dosages sont très aléatoires d’un échantillon à l’autre. Les risques sont très importants avec ce type de produits.

Mais si on s’adresse aux « e-psychonautes », n’ont-ils pas développé leurs propres moyens de prévention ?

M.H. : Les psychonautes sont généralement très prudents, mais on observe ponctuellement des incidents, voire des décès liés à des erreurs d’étiquetage ou de dosage.

Et puis, il y a le risque que les produits soient achetés par quelqu’un qui les revende au marché noir comme si c’était une drogue classique, alors qu’il s’agit d’un produit aux effets ou au dosage différents. Le phénomène des nouvelles drogues de synthèse est une conséquence contre-productive supplémentaire de la prohibition, et son paradoxe est d’avoir favorisé l’apparition de produits « légaux » plus dangereux que les drogues illégales qu’ils imitent (il y a eu des décès suite à la consommation de cannabis synthétique alors que le cannabis végétal n’a jamais provoqué d’overdose mortelle).

Nous avons abordé la question de l’alcool, du cannabis et de la vente de produits légaux et illégaux sur internet. Quel autre phénomène pose-t-il question à l’heure actuelle ?

M.H. : Un autre problème est celui de la polyconsommation. C'est-à-dire la prise simultanée de plusieurs produits pour obtenir un effet particulier ou maximiser les effets, ou leur prise successive, par exemple pour atténuer les effets indésirables d’un produit, ou se rebooster quand on est « en descente ». C’est une pratique dont on peut difficilement mesurer l’évolution parce qu’elle n’est pas monitorée spécifiquement, mais elle semble assez courante, y compris la polyconsommation alcool-drogue. La polyconsommation augmente fortement les risques pour la santé, et notamment le risque d’overdose.
Et puis, l’usage de drogues n’est pas uniquement motivé par la recherche de plaisir. Certains milieux comme l’Horeca, le milieu étudiant, le milieu sportif ou encore le milieu gay, sont aujourd’hui particulièrement concernés par l’usage de drogues dans le but d’améliorer les performances. Par exemple, certains produits peuvent être utilisés comme dopants par des sportifs amateurs pour booster leurs performances ou sculpter leur corps, ou par des étudiants pour lutter contre la fatigue et améliorer la concentration en période de blocus et d’examens.

Le recours aux drogues pour améliorer les performances est probablement exacerbé par l’individualisme compétitif qui prévaut actuellement dans notre société.
Il est donc nécessaire de continuer à faire du travail de prévention et d’éducation à la consommation à moindre risque, et d’adapter les messages et les outils aux nouvelles problématiques, aux nouveaux publics. La consommation de substances psychoactives a toujours existé parce qu’elle répond à des besoins fondamentaux tels que prendre du plaisir, se soigner, ou se transcender. Elle n’est pas freinée par les politiques répressives, qui se bercent inlassablement de l’illusion d’un monde sans drogues et peinent à prendre conscience qu’elles favorisent les consommations problématiques et les dommages socio-sanitaires liés à l’usage.

Note :
Les chiffres cités dans cet article sont exposés en détail dans le rapport Eurotox 2016 sur l’usage de drogues en Wallonie et à Bruxelles, disponible sur le site d’Eurotox.