Le dernier bulletin socio-épidémiologique d’Eurotox consacré à la prévention des usages de drogues et addictions auprès des jeunes scolarisé·es en Wallonie (ou à Bruxelles) conjugue données de prévalence (enquête HBSC 2022), analyse du cadre légal et organisationnel, et tour d’horizon de programmes probants à l’international – volet particulièrement précieux pour alimenter le débat en Belgique francophone (et le présent numéro de Drogues, Santé, Prévention).
Parmi les expériences recensées, six retiennent l’attention. Unplugged (France) et SHAHRP (Australie) misent sur le renforcement des compétences psychosociales et la réduction des risques liés à l’alcool en contexte scolaire. Preventure (Canada) se distingue par une approche ciblée selon les profils de personnalité à risque. Le Good Behavior Game (États-Unis) intervient dès le primaire sur l’autorégulation. Un programme ukrainien intègre la prévention dans le curriculum obligatoire. Enfin, Planet Youth (Islande) offre le modèle le plus systémique : en agissant sur les déterminants environnementaux et sociaux plutôt que sur les seuls individus, il a obtenu des résultats remarquables en matière de réduction des consommations.
Le bulletin conclut sur un appel à des investissements structurels, la prévention étant encore absente du programme scolaire officiel en FWB.
Sollicitée par la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie, cette expertise collective fait le point sur les usages de substances psychoactives chez les adolescents, mais aussi sur leurs pratiques des jeux vidéo, d’Internet et des jeux de hasard et d’argent identifiées comme pouvant devenir problématiques. Inserm Elle s’appuie sur près de 1 400 articles et mobilise un groupe pluridisciplinaire couvrant épidémiologie, neurosciences, sciences humaines et addictologie.
Sur la prévention, les experts sont sans ambiguïté : trois types d’intervention sont le plus souvent présents dans les programmes validés comme efficaces — le développement des compétences psychosociales des jeunes (gestion des émotions, prise de décisions, estime de soi) et de leurs parents (amélioration de la communication, gestion des conflits), ainsi que les stratégies à composantes multiples intégrant au niveau local d’autres acteurs que l’école. Inserm. Ces programmes visent à retarder l’âge d’entrée dans la consommation, les experts soulignant que la précocité de l’usage constitue le principal facteur aggravant. Le rapport recommande également de former les intervenants en milieu scolaire, sportif et de loisir, et d’informer régulièrement les parents sur l’évolution des modes de consommation et les codes marketing qui ciblent les jeunes. Il plaide enfin pour une systématisation de l’évaluation des programmes, encore rarement conduite.
Ce 8e cycle de l’enquête ESPAD, mené en 2024 auprès de 113 882 élèves de 15-16 ans dans 37 pays européens, marque les 30 ans d’une surveillance unique des comportements à risque des adolescents. Première nouveauté significative de cette édition : le bien-être mental et les activités de prévention y sont abordés de façon explicite, au vu de leur importance croissante pour la santé des jeunes.
Sur ce volet prévention, le rapport constate que l’alcool est le sujet le plus fréquemment abordé dans les programmes de prévention, tandis que les substances illégales et les risques comportementaux reçoivent nettement moins d’attention. Les programmes fondés sur les compétences, qui privilégient les approches interactives, sont plus répandus en Europe occidentale et méridionale. Le rapport pointe de fortes inégalités entre pays dans la couverture et la qualité des interventions, et annonce que les prochains cycles évalueront explicitement dans quelle mesure celles-ci peuvent être qualifiées de fondées sur des données probantes – question qui reste largement sans réponse dans la plupart des pays. Une double lacune, donc : insuffisance de la prévention sur les drogues illicites, et absence d’évaluation systématique de ce qui existe.