DAWA : une nouvelle plateforme sur les usages de drogues en Wallonie !

À propos de l'auteur

Guilhem de Crombrugghe est directeur de Prospective Jeunesse

L'asbl DAWA (Drogues-Actions-Wallonie) rassemble différents services travaillant la question des usages de drogues sur le territoire wallon. Elle défend une approche transversale et progressiste en matière de prévention des assuétudes et de réduction des risques. Son but est d’œuvrer à la déstigmatisation des usagers de drogues, de travailler sur les représentations des professionnels du social-santé et du grand public, ainsi que de faire évoluer les politiques publiques relatives aux usagers et aux usages de drogues.

Pourquoi?

La DAWA a été constituée en asbl le 15 janvier 2018 par Modus Vivendi, Eurotox, Infor-Drogues, la Ville de Mons, le CAL/Luxembourg, le réseau Alto et Prospective Jeunesse. À l'initiative, se trouvent plusieurs acteurs « assuétudes » éconduits par la Fédito wallonne alors qu'ils avaient posé leur candidature pour en faire partie lors de la régionalisation de la Promotion de la santé, en 2015. En effet, ces associations avaient besoin de se fédérer pour pouvoir dialoguer avec leurs nouveaux pouvoirs subsidiants. Mais d'autres acteurs les ont rapidement rejointes, séduits par l'approche progressiste et par les positions prises par la plateforme, notamment en matière de réduction de risques.

La DAWA met, en effet, en avant les valeurs d’égalité, d’autodétermination, de solidarité et de liberté, y compris celle de disposer de son corps. Elle replace l'usager au centre des démarches de promotion de la santé en matière d'usages de drogues. On retrouve notamment dans ses statuts la volonté de reconnaître la place de l’usager, de favoriser sa participation active, dans toute approche ou programme le concernant, ainsi que le soutien de la création de groupes d'auto support.

Un premier combat : le cannabis thérapeutique

L'un des premiers chantiers dont s'est emparé la DAWA est la question des usages thérapeutiques de cannabis. En effet, de nombreuses études démontrent que le cannabis permet de traiter des douleurs chroniques, de diminuer les effets secondaires de thérapies lourdes et même de réduire les symptômes de maladies graves telles que l'épilepsie ou la sclérose en plaques. Dans certains cas, le cannabis présente une efficacité similaire aux traitements à base d'opiacés, avec cependant beaucoup moins d'effets secondaires.

Des dizaines de pays à travers le monde autorisent l'usage médical de cannabis depuis plus de 15 ans pour un nombre croissant de patients et d'affections. La législation belge actuelle va à l'encontre des droits fondamentaux de l'accès aux soins en empêchant de nombreuses personnes en souffrance d'accéder à ces traitements et de soulager leurs douleurs.

Une première rencontre autour de cette question, organisée en mai 2018 à Mons, a suscité un vif intérêt, dans le contexte de l'apparition des CBD shops un peu partout sur le territoire1. Devant le succès de cette rencontre, des nombreuses questions soulevées par la thématique et constatant qu'un nombre non négligeable de personnes utilisent déjà le cannabis à des fins thérapeutiques, un groupe de travail rassemblant des associations et des représentants des usagers a été mis en place. Son objectif est de rédiger un texte de base reprenant les principaux arguments en faveur d'une reconnaissance légale du cannabis thérapeutique et de créer une alliance la plus large possible, notamment avec des représentants du monde médical. Le texte est actuellement en cours de rédaction.

Il faut rappeler que c'est le statut légal du cannabis en Belgique, hérité du début du siècle passé et sans fondement scientifique, qui est la cause de la situation actuelle. C'est pourquoi, DAWA a sollicité ses partenaires de la campagne Stop 1921² pour faire de la reconnaissance des usages thérapeutiques de cannabis un des axes de la campagne dans les deux ans à venir.

La prolifération des CBD shops, les fréquentes sorties médiatiques et la récente proposition de loi de déposée par le MR, Open VLD et le CD&V pour la création d'une agence officielle de régulation du marché du cannabis portent à croire que les choses bougent en Belgique sur la question. Il est d'autant plus urgent que des associations militantes de promotion de la santé suivent de près ces dossiers.

1  «  Récemment, de nouveaux produits issus de plantes de cannabis ont vu le jour sur le marché belge et français : des produits à base de cannabidiol (CBD). Le CBD est un cannabinoïde que l’on retrouve à l’état naturel dans les fleurs de cannabis (...). Contrairement au THC, il n’induit pas d’effets psychotropes (...). Les produits à base de CBD (fleurs de cannabis, e-liquid, extraits pour tisane, etc.) sont vendus dans des boutiques spécialisées ou sur Internet de manière transparente. Ils profitent le plus souvent d’une zone grise du droit européen et/ou de sa traduction en droit national. En effet, l’Union Européenne a instauré une tolérance vis-à-vis de la culture de chanvre (...), tout en empêchant la commercialisation de produits psychoactifs (...) » Extrait de Eurotox, « Cannabis et CBD, de quoi est-il question ? », [En ligne], 24 octobre 2018 : https://eurotox.org/2018/10/24/cannabis-et-cbd-de-quoi-est-il-question/

2   La campagne #STOP1921 est une initiative de la société civile qui vise à sensibiliser le législateur et l’opinion publique à la nécessité de remettre en question la politique de prohibition des drogues, vieille de cent ans et dont les effets sont désastreux, notamment en matière de santé publique et d’engorgement du système judiciaire. Plus d'infos : www.stop1921.be