Edito : Genre et assuétudes : sortir de l’angle mort

janvier 2025

Lorsque l’on croise les questions de consommation à celle du genre, résonne la complexité. D’abord, celle d’entendre s’exprimer les femmes, minorités de genre et sexuelles (ex-)usagères sur leur dépendance, leurs pratiques, leurs trajectoires de vie. La méfiance dont elles font preuve – bien compréhensible – tient leurs paroles à l’écart.

Ensuite, il y a la difficulté à leur proposer un accompagnement digne, des services d’aide et une prise en charge de qualité. Les efforts des professionel·les de terrain ne manquent pas, mais ils se heurtent à un mal persistant : les stéréotypes de genre. Cumuler les étiquettes ‘femmes’ et ‘assuétudes’ se combine mal avec les attentes que cette société a envers elles. Or, les approches, quand elles existent, ont souvent été pensées pour un public d’hommes consommateurs.

Les sorties politiques dans les médias n’ont de cesse de renforcer les stigmatisations et creusent les peines. Début janvier, la N-VA, parti du premier ministre Bart De Wever soumettait une proposition de loi ayant pour but de rendre obligatoire le placement des enfants après l’accouchement, des femmes enceintes et consommatrices. Des projets qui semblent élaborés hors de toute concertation avec les expert·es de terrain, qui appellent à prendre cette réalité pour ce qu’elle est : un enjeu de santé publique. Enfin,  il y a le manque de recherches, de données et de solutions pérennes.

Pourtant, ce dossier l’atteste de bout en bout : le maillage des savoirs, combiné à l’expérience de terrain font naître des initiatives qui impliquent les principales concernées. Depuis près de cinq ans, des professionnel·les croisent leurs pratiques au sein du groupe de travail Genres (sous la coupole de la féda bxl, la fédération bruxelloise des institutions spécialisées en matière de drogues et addictions) afin d’améliorer l’accueil et l’accompagnement des personnes sexisées au sein de leurs structures.  Ce numéro nous emmène aussi à LINKup, première salle de consommation à proposer un espace en non-mixité et dans les milieux festifs bruxellois à l’écoute des violences vécues par les personnes LGBTQIA+ et racisées. En prison, l’accompagnement se poursuit. C’est l’une des missions de l’asbl I.Care, qui oeuvre à rapporter les réalités des femmes détenues et consommatrices. Le constat des travailleuses porte sur l’insuffisance de politiques de réduction des risques en milieu carcéral. Elles plaident dès lors pour une approche s’appuyant sur la santé publique plutôt que centrée sur une vision sécuritaire. Ce dossier met aussi en lumière un public moins visible encore : les consommatrices socialement insérées. Sarah Perrin, docteure en sociologie de l’Université de Bordeaux, a étudié les trajectoires d’usagères-revendeuses à Bordeaux et Montréal. Un angle-mort de la littérature scientifique, qui a longtemps pensé la recherche au travers du prisme de la précarité et de la marginalité.

Les difficultés ne sont ni niées ni éradiquées à l’issue de ce numéro. Mais elles sont complétées par des analyses, immersion et perspectives qui tendent à prouver que les améliorations sont possibles.