Pourquoi cette journée d’étude?

À propos de l'auteur

Bruno Valkeneers est coordinateur général à la Liaison Antiprohibitionniste

Ce cahier est consacré à la journée d’étude du 8 décembre 2016 Réduction des Risques : Entre paradoxe et pragmatisme, la naissance d’un nouveau paradigme ? S’accommoder ou s’affranchir de la loi ? En l’organisant, Modus Vivendi et Liaison Antiprohibitionniste souhaitaient ouvrir ou rouvrir une réflexion sur le sens et sur les enjeux de la Réduction des Risques dans un contexte qui reste toujours celui de criminalisation des consommateurs de drogues. Ils cherchaient également à répondre à l’appel d’autres acteurs du champ de la toxicomanie et de la promotion de la santé, s’interrogeant sur les limites du champ d’action de la santé.

Que faire, dès lors que la loi apparaît parfois comme un frein à l’essor de pratiques innovantes éprouvées dans de nombreux pays ? Dans notre pays, le débat actuel sur les salles de consommation à moindre risque en est un bel exemple. Dans son aspect le plus positif, il a permis de dégager un consensus en faveur de l’ouverture de ce type de dispositif à Bruxelles. Il a permis de mettre cette question à l’agenda politique et de faire contribuer le secteur de la santé au processus législatif, au travers d’auditions, de groupes d’expertises, etc. Malheureusement, malgré le volontarisme de l’associatif et du monde politique bruxellois, ce projet n’aboutira probablement pas sous cette législature puisque le gouvernement fédéral s’y oppose. Cette logique du morcellement des compétences, nous la connaissons, et elle nous rappelle aussi que la loi nationale sur les stupéfiants est prépondérante et prohibitionniste.

Dans nos sphères de proximité régionale et communautaire, nous pourrions avoir le sentiment de beaucoup d’acquis depuis l’époque où l’on emprisonnait les consommateurs de cannabis, où échanger des seringues propres était un acte de désobéissance civile. Ce temps-là nous semble révolu. Mais pourtant, le fédéral refuse de laisser la Région bruxelloise entreprendre le service qu’elle souhaite pour répondre aux besoins de sa population et aux désirs d’un ensemble de praticiens de la santé. Un service qui ne constitue pourtant pas une révolution, puisque 86 salles de ce type ont ouvert en Europe, pour certaines depuis de nombreuses années d’ailleurs. À l’heure des pratiques sanitaires evidence-based, ce refus nous rappelle au passage que la preuve scientifique d’une efficacité ne constitue pas, ironiquement, un argument de poids dans l’univers de la rhétorique prohibitionniste.

Mais alors quel gage avons-nous de ne courir aucun risque lorsque nous nous attelons à les réduire ? Pouvons-nous avoir la garantie de ne jamais enfreindre la loi dans nos pratiques ? Avons-nous signé un pacte assurant la continuité d’une interprétation progressiste de la loi sur les stupéfiants, ou alors devons-nous nous méfier tout le temps, d’un changement de majorité politique, par exemple ?

La Réduction des Risques n’est pas un long fleuve tranquille et revêt encore une dimension politique par laquelle elle pourrait un jour être rattrapée, instrumentalisée ou muselée, si elle ne se mobilise pas. Dès lors, doit-on s’affranchir ou s’accommoder de la loi ?