Le Plan prévention et promotion de la santé en Wallonie : quelle prise en compte de la prévention des usages addictifs et de la réduction des risques ?

À propos des auteurs

Yves Coppieters et Bénédicte Scheen travaillent à l'École de Santé Publique, Université libre de Bruxelles

Une proposition de programmation opérationnelle pour le Plan prévention et promotion santé en Wallonie a été remise en décembre 2017 au Cabinet de la Ministre wallonne de la santé. Ce Plan, qui a pour ambition d’étendre son dispositif jusqu’à l’horizon 2030, a pour finalité d’améliorer l’état de santé, le bien-être et la qualité de vie de la population wallonne. Dans la proposition, un axe spécifique et supplémentaire sur les assuétudes et la réduction des risques a été développé par les acteurs des secteurs en lien. Ce cadre programmatique propose des stratégies opérationnelles pour la Région Wallonne et ses partenaires.

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En février 2017, le Ministre wallon alors en charge de la santé a présenté au Gouvernement la première partie du Plan Prévention et Promotion de la Santé, à savoir la définition des priorités en santé2. Cinq axes stratégiques sont fixés à partir d’une analyse des données épidémiologiques : 1. La promotion des modes de vie et des milieux favorables à la santé ; 2. La promotion d’une bonne santé mentale et du bien-être global ; 3. La prévention des maladies chroniques ; 4. La prévention des maladies infectieuses y compris la politique de vaccination ; 5. La prévention des traumatismes non intentionnels et la promotion de la sécurité.

L’Ecole de Santé Publique de l’ULB a reçu pour mission en juin 2017, d’appuyer méthodologiquement la deuxième phase du travail, l’élaboration d’une proposition de Plan opérationnel, par un processus de rencontre d’acteurs. 11 groupes de travail thématiques³ ont été constitués. Ils ont réuni plus de 150 partenaires. Au final, 6 axes ont été tracés. Ils reprenaient une centaine d’objectifs ainsi que plus de 350 actions.

Ajouté aux 5 axes cités plus haut, l’axe 2 du Plan couvre « la prévention des usages addictifs et la réduction des risques ». Cette nécessité d’isoler ces thématiques provient de la volonté de développer un axe sur les assuétudes, se situant au croisement des modes de vie et du bien-être.

Afin de couvrir cet axe, trois objectifs santé ont été définis :
1. Améliorer la qualité de vie des consommateurs et diminuer les conséquences problématiques liées aux consommations de produits licites et illicites et les conduites addictives sans produit ;
2. Promouvoir une politique intégrée et globale favorisant la concertation avec les différents niveaux de pouvoirs pour faire progresser les politiques publiques en matière de consommation et d’addiction
3. Renforcer les connaissances, compétences et savoir-être des professionnels, en lien avec les consommations.

Les stratégies portent sur les usages, qu’ils soient ou non problématiques, de l’ensemble des substances psychoactives légales et illégales (alcool, médicaments psychotropes, cannabis, cocaïne, héroïne, etc.) ainsi que les comportements de « consommation sans produit » (jeux d’argent, jeux vidéo, Internet et nouvelles technologies de l’information et de la communication, etc.). Ces stratégies sont issues des secteurs de la prévention et/ou de la promotion de la santé et dont la réduction des risques fait pleinement partie.

Les stratégies proposées souhaitent couvrir les différents milieux de vie dans lesquels il est opportun d’agir et rencontrer les besoins de certains publics cible. Ces milieux de vie et ces publics sont divers et les propositions reprises ci-dessous sont non-exhaustives. Chaque action proposée devrait être spécifiques aux besoins identifiés qui sont différents en fonction des milieux de vie (prison, écoles, rues, milieux ruraux, urbains, quartiers, entreprises, centre pour réfugiés, lieux de soins ou d'hébergement, mouvements de jeunesse, clubs sportifs, ...).

Le graphique ci-dessous offre une vue d’ensemble sur les 3 objectifs et les stratégies en lien.

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Les propositions opérationnelles

La programmation se présente pour chaque axe en objectifs de santé, déclinés en objectifs spécifiques et actions. Des exemples d’indicateurs sont proposés pour chaque action, ainsi qu’une temporalité comme indication pour le démarrage de celles-ci.

Bien que les propositions soient en majorité issues d’actions existantes, il faut souligner que les participants aux concertations ont vu dans le Plan l’opportunité d’innover, de renforcer et de pallier certains manques ressentis actuellement en Wallonie en termes de prévention et de promotion de la santé. Nous pouvons citer en exemple l’indispensable mise en réseau des acteurs, le renforcement des compétences des professionnels et l’implication des bénéficiaires et de leurs aidants proches dans les actions. Soulignons aussi que les actions reprises se veulent non-exhaustives et seront amenées à évoluer en suivant le caractère dynamique du Plan.

L’analyse réalisée par ce groupe met en avant la nécessité de faire plus de liens avec d’autres thématiques et cultiver une dynamique d’interdisciplinarité qui serait à construire sur base d’un socle commun en prévention, promotion de la santé et réduction des risques.

En trois journées de travail, et de nombreux échanges entre participants, il n’a cependant pas été possible d’affiner les stratégies, de proposer tous les types d’actions ni le degré de précision demandés en terme d’opérationnalisation. Le groupe a donc bien précisé que « ces actions devront être comprises comme une liste exemplative et non-exhaustive des dites actions à mener, émanant des pratiques de terrain des acteurs sollicités. En effet, le groupe regrette de devoir « cadenasser » une liste d’actions à horizon 2030 au risque de nous couper de nos capacités d’adaptation et d’innovation en fonction des évolutions du contexte4 » .

Il y a aussi sans doute eu un problème de représentativité des acteurs des différents secteurs pour certains groupes. Par ailleurs, si la proposition de Plan identifie des objectifs à atteindre et des actions à mener pour améliorer la santé des Wallons d’ici 2030, elle ne documente pas systématiquement les éléments précis de leur opérationnalisation prévus dans le canevas, tels que les estimations de coûts et de ressources nécessaires, les sources de financement, les acteurs responsables et les autres parties prenantes ou encore les prérequis éventuels. Ce travail d’opérationnalisation n’a pu se faire par manque de temps dans les délais impartis, mais pourrait néanmoins être continué en 2018 sous l’impulsion de l’AViQ et des gestionnaires du Plan. Afin d’aboutir à un Plan opérationnel solide, il est important de rappeler l’intérêt de poursuivre la démarche participative.

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Perspectives

La proposition de Plan met en avant différents objectifs pour opérationnaliser et implémenter le Plan sur tout le territoire Wallon jusqu’en 2030. Parmi ceux-ci, il s’agit notamment de mettre en place un cadre d’implémentation, de gestion et de suivi, de récolter et d’analyser les données ainsi que d’évaluer et mettre à jour le Plan. L’année 2018 sera consacrée à la validation ou au remaniement de la proposition de programmation opérationnelle par les instances politiques wallonnes et son articulation avec le futur décret de promotion de la santé. S’en suivra alors la mise en place du dispositif d’appui au Plan.

Tout cela s’inscrivant dans une vision de santé publique, c’est-à-dire le développement d’un Plan intégré, cohérent, coordonné, qui s’inscrit dans la continuité, agit simultanément sur différentes dimensions et favorise la pleine participation et l’implication des bénéficiaires.

1. http://www.ulb.ac.be/facs/esp/
2. Plan Prévention et Promotion de la Santé en Wallonie, Partie 1 : Définition des priorités en santé, Horizon 2030 http://sante.wallonie.be/sites/default/files/plan-pr%C3%A9vention-janvier%202017-final-2.pdf
3. Nous écrirons désormais GT.
4. Extrait d’un courriel du GT au Comité de pilotage