Les cannabis social clubs : tire ton plan !

À propos de l'auteure

Caroline Saal est rédactrice en chef de la revue

Alors que le cannabis se banalise, certains ont décidé de ne plus attendre le changement de loi pour cultiver et consommer le produit au sein des Cannabis Social Clubs (CSC). Si le prix est judiciairement lourd, ils continuent de revendiquer des modes de production respectueux de leurs affiliés, non mercantiles et transparents.

Qu’est-ce qui a motivé Noé à se lancer dans l’aventure ? « C’est une alternative au marché noir, à ce trafic illégal, dont on ne connait ni le fonctionnement, ni la production. En rue, on te vend n’importe quoi ». Noé explique : « Pour moi, il y a plus de variétés, de nuances dans les espèces de cannabis que dans le vin. On peut le goûter. Pouvoir choisir les variétés me plaisait. Je ne me voyais pas commencer à cultiver seul mon plant. L’esprit collectif du cannabis social club m’a attiré ». Le jeune homme s’implique donc dans le CSC liégeois « Ma Weed Perso », créé en 2013 pour une période relativement brève. Il en anime la page facebook mais sans prendre plus de responsabilités. Pour le bien de son casier judiciaire. En 2014, l’ensemble des membres est convoqué par la police. Alors que les responsables jouent carte sur table avec la police et cherchent à ouvrir le dialogue avec les autorités judiciaires et politiques liégeoises, ils sont arrêtés en mars 2014, mis sous les verrous et condamnés pour incitation à l’usage et trafic en bande organisée .

Des accusations en porte-à-faux avec l’esprit des CSC, selon Noé. Un Cannabis Social Club a des principes (voir encadré), et qui veut s’inscrire est d’abord rencontré par les organisateurs afin de connaître les motivations de l’impétrant, créer un lien de confiance, repérer le type de consommations… Pas question de nourrir un revendeur qui profiterait des bas prix offerts par le CSC. L’usage doit être personnel, non-problématique, et les bas tarifs sont motivés non par l’incitation au petit pétard, mais par le souci d’éviter d’enclencher une activité lucrative. « L’argent n’est pas notre motivation. Il faut bien distinguer coffee-shops et CSC », commente Noé. Visiter la culture, se rencontrer une fois par trimestre, organiser des moments conviviaux participaient à la création d’une communauté, qui s’informe, partage et sort de la stigmatisation dans laquelle l’illégalité la plonge.

Ma weed perso intégrait également la prévention à sa manière, en louant des vaporisateurs de cannabis et en animant une page facebook pour informer les consommateurs, répondre aux personnes en questionnement (sur le cannabis médical par exemple) et les orienter vers des personnes compétentes en cas d’usages problématiques.

Désobéir à la loi valait-il le coup ? « J’étais lassé de l’immobilisme politique, et persuadé que les Cannabis Social Clubs peuvent ouvrir la voie à la légalisation du cannabis. Ils montreront que cultiver et consommer du cannabis sans poser de problème à la société, c’est possible ». L’avenir nous le dira.

1. Sur les ennuis judicaires de Ma Weed perso, voir NÈVE Marc, « Quand la justice s’en mêle : en arrière, toute ! », in Drogues, santé, prévention, n° 72, printemps 2015, p. 2-3. (Disponible en ligne)

2. Les avantages sont les mêmes que ceux de la cigarette électronique : diminuer les effets négatifs du tabac et de la fumée sur les poumons, la gorge, etc.

3. Extraits du texte officiel de l’ENCOD (Coalition Européenne pour des politiques justes et efficaces en matière de drogues), plateforme regroupant 150 associations membres. www.encod.org

Les principes des Cannabis Social Clubs *

Les Cannabis Social Clubs ont été mis en place pour protéger les droits des consommateurs et producteurs de cannabis et pour aider à la mise en place de politiques du cannabis bénéfiques à l’ensemble de la société.

Un Cannabis Social Club est composé de membres, citoyens adultes, qui organisent la culture d’une quantité limitée de cannabis pour répondre au besoin personnel de chacun. On met ainsi en place un circuit fermé entre producteurs et consommateurs, dans lequel on doit respecter un certain nombre d’exigences relatives à la santé, la sécurité, la transparence et la comptabilité.

1. C’est l’offre qui suit la demande, pas le contraire.
La capacité de production d’un Cannabis Social Club se base sur les prévisions de consommation de ses membres.

2. But non lucratif.
Les Cannabis Social Clubs se déclarent en tant qu’associations à but non lucratif. Les bénéfices générés par les activités économiques sont utilisés pour la promotion des objectifs de l’association. Les Cannabis Social Clubs souhaitent créer des emplois réguliers et produire des biens et des services régulés et taxables.

3. La transparence.
Les Cannabis Social Clubs sont des associations déclarées légalement. Leur organisation interne est démocratique et participative.

4. Orientation vers la santé publique.
Les Cannabis Social Clubs utilisent seulement des méthodes de culture basées sur les normes de l’agriculture biologique. Ils développent une politique efficace de prévention et de prise en charge de l’usage problématique du cannabis dans un cadre de promotion de réduction des risques et d’un usage responsable du cannabis.

5. Ouverture au dialogue avec les autorités.
Les Cannabis Social Clubs sont disposés à participer à toutes formes de dialogue avec les autorités, et mettent en pratique une politique active pour les y inviter.

* Extraits du texte officiel de l’ENCOD (Coalition Européenne pour des politiques justes et efficaces en matière de drogues), plateforme regroupant 150 associations membres. www.encod.org

 

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