Focus sur un acteur de terrain : l’asbl SIDA’SOS

> Etienne Crousse, détaché pédagogique SIDA’SOS ASBL

L’EVRAS, problématique et développement

Comme le souligne l’OMS, la santé sexuelle et reproductive fait partie intégrante de la santé et représente une composante majeure du bien-être de l’être humain. L’adolescence correspond à une période où les relations d’amitié s’inscrivent dans la durée et c’est également à cette période que la plupart des jeunes s’éveillent aux sentiments amoureux et aux relations sexuelles. Même si elle ne peut assurément être réduite à la notion de risque, en termes de santé, l’intérêt que suscite la vie affective et sexuelle des adolescents se focalise souvent sur cet aspect, entre autres dans la perspective de réduire les risques liés aux infections sexuellement transmissibles (IST), au VIH et aux grossesses précoces. Cette vision parfois trop fermée des jeunes ne doit pas faire oublier toute l’importance de l’éducation à la citoyenneté qui leur permettra d’intégrer les notions de respect, d’ouverture et de compréhension nécessaires au développement de leur vie relationnelle.

L’adolescence est une période charnière à plus d’un titre. Dans le champ de la vie affective et sexuelle, les jeunes y connaissent leurs premiers émois amoureux et c’est à cette période que la plupart d’entre eux auront leur premier rapport sexuel. En Fédération Wallonie-Bruxelles, un jeune sur deux entre 15 et 18 ans déclare avoir déjà eu un rapport sexuel. Parmi ceux-ci, un jeune sur 10 déclare avoir eu un rapport sexuel avant l’âge de 14 ans et 4 jeunes sur 10 déclarent avoir connu plusieurs partenaires.

Si on aborde la vie affective et sexuelle sous l’angle de la santé, la prévention des IST, y compris le VIH/SIDA, constitue un des enjeux majeurs. À ce titre, l’information joue un rôle essentiel dans les stratégies visant à améliorer les connaissances des jeunes et à diminuer la prise de risque lors des relations sexuelles. Globalement, le niveau de connaissances des adolescents de 15-18 ans en Fédération Wallonie-Bruxelles quant aux modes de transmission du VIH/SIDA est relativement bon même si certaines méconnaissances ou fausses croyances persistent. En revanche, les IST posent encore beaucoup de problèmes d’informations en termes de sensibilisation et de prévention.

Pour ce faire, il convient de nous réapproprier la question des drogues dans sa dimension sociétale et d’oublier le phantasme d’une possible éradication des stupéfiants. Le temps est venu de prendre la mesure de la consommation de drogues de manière raisonnée, d’oser réfléchir à la meilleure façon de substituer la régulation à la prohibition. Autant de bouleversements qui nécessitent une véritable révolution politique.

Pour rompre avec le silence éducatif et le bruit des bottes dans les couloirs de l’école une autre politique des drogues est nécessaire. Il est impératif de réformer la loi de 1921 pour la faire correspondre à la réalité de la société actuelle. Nous devons réguler les drogues, c’est-à-dire les encadrer, par d’autres normes au-delà du champ pénal.

Il ne viendrait, ni à l’esprit d’un directeur d’école de solliciter l’intervention de la police pour gérer un problème d’alcoolisme dans son établissement, ni à l’esprit d’un parent de la tolérer. Nous le supposons du moins, sinon nous devrions considérer notre ré- flexion comme parfaitement candide. Pourquoi devrait-il en être autrement à propos des autres drogues?

Un souvenir précis me revient encore. En 2003, le collège des procureurs et la ministre de la santé assouplissaient la norme législative à l’égard du cannabis. Pas une révolution, juste un aménage- ment. Toutefois, désemparé par cette annonce un préfet d’école nous faisait part de son angoisse.

« Comment va-t-on faire maintenant que c’est légalisé ? Les élèves vont se mettre à consommer dans et aux abords des écoles. » Ne lui jetons pas la pierre, il n’était pas le seul à être mal informé par la presse à l’époque. Il n’était pas non plus le seul à penser que dorénavant tout allait être permis et impossible à contrôler. Il est pourtant évident que l’école est dotée d’un règlement d’ordre intérieur dans lequel la prohibition du cannabis peut être inscrite comme l’est celle de l’alcool et de bons nombres d’autres produits et comportements.

La dépénalisation de la détention de drogues, tout comme la régularisation de leur marché, ne signifie pas la fin de l’interdit. Au contraire, elle permettra son déploiement à tous les secteurs de la vie en société. Le citoyen sera alors acteur du processus de normalisation et d’intégration des drogues dans la culture. Le tabou disparu fera alors place à une prévention axée sur le dialogue, le respect et l’éducation.

1. La PLP41 est la circulaire ministérielle du SPF Intérieur du 7 juillet 2006 « en vue du renforcement et/ou de l’ajustement de la politique de sécurité locale ainsi que de l’approche spécifique en matière de crimina- lité juvénile avec, en particulier, un point de contact pour les écoles ».

2. Voir l’article d’Antoine Boucher dans le présent numéro pour une présentation de ces différents

3. Voir l’article de Paul Herman en conclu- sion du présent numéro pour une piquante synthèse de cette matinée.